l’apnée sportive

L’apnée est une pratique dont l’objectif est de suspendre volontairement sa ventilation dans l’intention d’évoluer sous l’eau. Elle nécessite la maîtrise de deux grandes contraintes :
la suspension de sa ventilation et l’immersion dans les conditions sous-marines.

L’apnée se définit ainsi comme activité d’équilibre relatif entre le besoin de respirer et l’exécution d’une performance. 

En raison de la dureté de cette discipline, nous l’identifions comme pratique psychocorporelle qui joint à la fois une activité physiologique et une activité psychique : ces deux dimensions sont intriquées dans l’entraînement mais également dans l’étude de l’expérience elle-même.

Disciplines

En apnée sportive, il existe plusieurs disciplines :

  • apnée statique : apnée dans un bassin sans mouvement;
  • apnée dynamique : apnée en nageant sous la surface de l’eau dans un bassin ou en mer, en parcourant le plus de distance possible;
  • immersion libre : descente et remontée sans palme, à la force des bras en se halant sur la corde. Le poids doit demeurer constant;
  • poids constant : descente avec palmes et avec le même poids à l’aller comme au retour, sans s’aider du câble;
  • poids variable : descente avec la gueuse et remontée à la palme ou en s’aidant du câble;
  • le No Limit : descente à la gueuse et remontée au parachute, un ballon gonflé par une bouteille embarquée. Catégorie la plus profonde. 

histoire : La génération grand Bleu

Dans les années 1950, on estime la profondeur maximale que l’être humain peut atteindre sans respirer à environ 50 mètres. C’est Enzo Maiorca, chasseur sicilien connu pour ses longues apnées qui dépasse en 1960 cette limite hypothétique.

Démarre alors une course à la profondeur totalement expérimentale entre ce dernier et le français Mayol qui sera le premier à dépasser la mythique barre des 100 mètres en 1976. L’homo delfinus – Jacques Mayol – et l’impétueux Enzo Maiorca amorcent une véritable quête des profondeurs en apnée, ouvrant la possibilité d’une adaptation infinie au monde sous-marin.

Les héritiers du Grand Bleu sont nombreux et la pratique se démocratise dans le monde. Mais les nombreux accidents amateurs rappellent la dangerosité permanente de la pratique. Il est alors décidé en 1992 de créer la première Association Internationale pour le Développement de l’Apnée (AIDA) par les français Claude Chapuis et Roland Specker.
Le but étant d’encadrer l’apnée par une charte, des règles permettant à la fois d’homologuer les records et d’élaborer un vocabulaire de sécurité commun pour tous les pratiquants. Les deux créateurs veulent développer la discipline autour d’une éthique apnéique modérée et collective loin de la recordite effrénée que l’on retient des deux héros du Grand Bleu : « L’apnée sera collective ou ne sera pas » est le leitmotiv de Claude Chapuis et de l’école de Nice où apparaissent les premiers stages de la discipline.

Nous laissons notre aimable lecteur se référer au pertinent article de l’AIDA qui reprend l’histoire de la naissance de l’apnée sportive.

physiologie de l’apnée

L’apnée est une pratique particulière car l’objectif de l’effort est non pas la « maximisation de l’utilisation de l’oxygène (O2) pour le travail des muscles », mais « l’économie du gaz qui est en quantité limitée » (Clua, 2015).

En dépit du nombre croissant de pratiquants depuis ces dernières décennies, la physiologie de l’apnéiste et en particulier les phénomènes physiologiques de l’apnéiste sous pression reste un champ encore peu documenté. Nous pouvons nous référer évidemment à la physiologie sous pression chez les scaphandres pour comprendre comment évoluent les phénomènes des micro-bulles dans l’organisme mais la différence avec l’apnéiste est que ce dernier ne possède aucun air ajouté et se contente de l’air qu’il a emmagasiné à la surface à pression atmosphérique (environ 1 bar) et qu’il remonte également à une vitesse plus élevée que le plongeur car il n’effectue quasiment pas de pallier.

Voici un exemple de plongée en compétition par le champion français Guillaume Néry en septembre 2013 à -125m :

L’apnée nécessite le perfectionnement de différentes techniques physiologiques notamment les facteurs anatomophysiques comme la souplesse thoracique et celle du diaphragme largement améliorables grâce à des exercices de respiration comme l’hatha-yoga et le prânayâma. Ces entraînements permettent une meilleure contenance en air et une meilleure gestion de la bradycardie dans le réflexe d’immersion.

Au-delà des facteurs physiologiques, l’apnéiste doit également faire un travail conséquent sur le plan psychique. Ces deux facettes doivent être impérativement intriquées dans son entraînement :

« Sous l’eau, le dépassement de soi est mental, pas physique. Le corps doit pénétrer l’élément sans le forcer » Loïc Leferme

L’apnéiste doit limiter son activité cérébrale pour économiser son oxygène : il passe par une « veille cérébrale », « faire le vide ».

apnée, l’humilité des grands fonds

Au-delà d’un contact équilibré à l’environnement perçu et une confiance en l’équipe de surface – véritable ligne de vie – l’apnéiste développe une complicité profonde avec son corps non seulement grâce à un façonnement progressif dû aux entrainements, mais également grâce à cette mémoire corporelle propre aux mammifères dans leur réflexe d’immersion.

Ces privations composent un ensemble de mécanismes que l’apnéiste Guillaume Néry qualifierait de « parenthèses de vide » (Néry, 2022) qui s’équilibreraient entre elles pour rendre possible un chemin vers les profondeurs. C’est ainsi que la pratique est souvent abordée par les explorants comme un art de vivre à la manière d’un « art martial » (Leferme, 2003).

L’apnée, toutes disciplines confondues, semble imposer une éthique spécifique, une « humilité des grands fonds » (Néry, 2022) à l’instar de la marche lente de l’alpiniste qui aborde avec patience la haute montagne dont il contemple le sommet.

© Loïc Leferme par Franck Seguin